vendredi, 23 janvier 2009

L'intimité du rictus orgasmique

Agnès Giard dans son ouvrage sur la sexualité nippone montre l'importance conférée au visage dans l'univers érotique japonais. La signification de l'expression du plaisir sur le visage y est amplifiée par le règne de l'empire sur soi, le culte de l'impavidité du visage, de la maitrise de l'expression des émotions.

C'est peut-être une cause analogue qui explique mon fantasme, devenu plus qu'une habitude, un réflexe, d'imaginer le visage des filles qui m'attirent ou que je ne fais que croiser, amies, connaissances ou inconnues, au moment de la jouissance, ravagé par les contractions du plaisir. Sublime subversion que de me représenter les rougeurs, les contractions, les halètements, leurs rictus, leurs soupirs, gémissements, yeux renversés, les plissures du front, toutes veines sorties, machoires crispées, lèvres retroussées au moment de leur abandon total.

L'excitation mentale est d'autant plus forte si je croise ces filles dans des contextes formels où la retenue absolue s'impose. Il leur faut alors composer une façade impassible et sérieuse. La subversion de mon fantasme prend alors tout son sens et toute sa force, projetant ces inconnues dans un univers privé et intense, supprimant la distance qui  nous sépare, me projetant au lieu le plus secret de leur intimité : leur visage au moment intense et fugitif de la jouissance. Quel fabuleux cadeau de partager cet éclair avec un être humain. Ou bien de l'imaginer lorsque ce don est impossible.

Et plus ce don est impossible et ces filles inaccessibles et lointaines, plus le fantasme est savoureux, possible, systématique de ma part. Hommage à la belle inconnue de Brassens.

 

Trackbacks

Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://basventre.hautetfort.com/trackback/2011990

Ecrire un commentaire